Je suis mère à plus de 35 ans

En écho à l’émission  »Priorité Santé » de Claire Hédon sur  »l’âge de la maternité »,  du vendredi 1er août 2014, je propose sur mon blog, un reportage que j’ai écrit il y a un moment sur la grossesse tardive au Bénin.

Crédit photo: Topsanté.com
Crédit photo: Topsanté.com

L’émancipation, la recherche d’une stabilité professionnelle ou relationnelle peuvent être facteurs d’une grossesse tardive. Bien souvent présentée par les médecins comme une grossesse à risque, l’appréhension des difficultés peut varier d’une femme à l’autre.

Reportage de: Hermann BOKO

« Il aime beaucoup gazouiller », dit Céline à son nouveau né, toute joyeuse d’avoir mis au monde son tout premier bébé. Un joli garçon. Il a aujourd’hui plus de deux mois et sa mère est âgée de 38 ans. Age où, selon les médecins, l’accouchement devient difficile. « En ce sens que la femme n’a plus les mêmes potentialités physiques et psychologiques dont dispose une femme de moins de 30 ans pour amener correctement une grossesse à terme », explique Issa Awoulath, docteur en gynécologie. La moyenne d’âge pour concevoir un enfant se situe généralement entre 30 et 35 ans, et un peu plus en dessous en Afrique où le taux de natalité est très élevé. Néanmoins, de plus en plus de femmes aujourd’hui tombent enceintes à un âge avancé. Un phénomène pas très répandu au Bénin mais qui pourrait très rapidement se développer dans le futur selon le docteur en gynécologie, Issa Aoulath. « Les femmes ne se marient plus assez tôt. Elles attendent la fin des études, l’obtention de leurs diplômes avant de se mettre en couple et avant d’avoir un enfant. Ce phénomène pourrait devenir fréquent comme dans les pays développés. Mais pour l’instant, c’est chez des femmes qui ont eu des problèmes de stérilité que nous trouvons des grossesses à un âge avancé ».

Céline a 38 ans aujourd’hui, elle confie que plus jeune son instabilité sur le plan professionnel et relationnel ne favorisaient pas l’arrivée d’un enfant.  « J’ai été danseuse comédienne, intermittente du spectacle pendant longtemps. Du coup, ma situation professionnelle n’étant pas stabilisée, on n’a pas forcément eu envie de faire un enfant ». Après une toute première relation de huit ans où elle a essayé en vain d’avoir un enfant, celles qui ont suivies n’étaient pas assez stables pour lui permettre d’être mère.

Grossesses à risques                                       

« De toutes les façons, Il n’y a aucune règle avec les femmes », l’ont rassuré les médecins. « Le jour où vous vous sentez en confiance avec un compagnon tout est possible ». Céline a trouvé son compagnon au Bénin. Bien loin de son pays d’origine, la France. A 38 ans, l’idée d’un accouchement très difficile ne lui a pas effleuré l’esprit tant elle faisait confiance à son corps façonné par plus de 20 ans d’activité physique. « J’ai pas eu plus d’appréhensions sur la difficulté de l’accouchement qu’une femme plus jeune que moi. Aussi parce que physiquement, je me suis entraînée. J’ai été danseuse, j’ai fait beaucoup de yoga. Donc je fais confiance à mon corps dans ses capacités d’appréhender la douleur et dans la possibilité de suivre des instructions précises du médecin ou de la sage-femme ».

Et pourtant, les risques ne sont pas moins négligeables. A plus de 35 ans, les risques de fausse couche sont de plus de 30%. Les risques de faire des grossesses extra-utérines ou d’accoucher par césarienne sont de 23%. D’un point de vue scientifique, l’âge avancé affecte négativement la fertilité, la grossesse et l’accouchement. Céline en a véritablement pris conscience au moment où elle est tombée enceinte. « J’ai fait plus attention pendant la grossesse que quelqu’un de plus jeune parce que je savais que cela serait plus risqué. Les explications de la gynécologue Issa Awoulath iront dans le même ordre d’idées. « De façon générale, la grossesse est une situation de baisse d’immunité et de fragilité. Il faut en plus de cela prendre en compte le fait que la femme à 35 ans est déjà âgée. Elle a un utérus qui a peut-être connu une ou deux opérations à cause des fibromes. Elle a peut-être eu aussi des antécédents d’hypertensions. Tous ces facteurs font de la grossesse, une grossesse à risque ».

Le risque d’avoir un enfant trisomique

Pendant la grossesse, les risques sont partagés entre la mère et l’enfant. « De manière évidente, les risques sont en premier pour l’enfant et secondairement pour la femme. D’abord, il y a un risque par rapport à la morphologie de l’enfant et un risque lié au fait que l’enfant naisse prématurément », affirme Issa Awoulath. La femme qui conçoit à un âge très avancé doit donc être mieux suivie. « De façon générale, poursuit la gynécologue, dès le départ de la grossesse, l’on commence déjà par analyser les probabilités de pathologie que la femme peut avoir en fonction de ses antécédents. » Les risques d’avoir un enfant trisomique sont aussi élevés chez la femme âgée. « La trisomie est une maladie génétique qui est favorisé par l’âge avancé de la femme», rappelle la gynécologue. Céline, elle, n’a pas voulu s’inquiéter par rapport à ce risque malgré l’inquiétude du médecin qui la suivait.  « J’ai décidé de ne pas m’inquiéter. Et le peu d’examens que j’ai pu faire ici à Cotonou n’étaient pas négatifs ». Souvent pour des grossesses à plus de 35 ans, les gynécologues recommandent beaucoup d’examens. Le plus souvent une amniocentèse et une choriocentèse. Céline n’a pas voulu les faire et le pire n’est pas arrivé. « J’ai aussi décidé de ne pas m’inquiéter pour ne pas vivre une grossesse stressante. Je me suis très vite détacher de tout ce qui pouvait être stressant ».

Heureusement, tout s’est très bien passé pour Céline à part la longue durée des contractions durant le travail (42h). Sa grossesse est allée à terme sans grande difficulté. Et de par son expérience, elle pense aujourd’hui que l’accouchement difficile à cause d’une grossesse tardive n’est pas une règle absolue. Une activité physique régulière et une psychologie assez forte peuvent être d’une grande aide. Et Docteur Issa Awoulath ne dira pas le contraire !

Hermann BOKO

The following two tabs change content below.
hermannboko
Hermann BOKO, Béninois, Diplômé en journalisme, Première promotion de Monde Académie, l'Académie de journalisme du journal ''Le Monde''

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *