Loreto : « J’assume pleinement mon homosexualité »

Photo de famille du couple gay Loreto
Photo de famille du couple gay Loreto (Caricature)
Illustration: Marine Fargetton

Au Bénin, pays où le débat de société sur l’orientation sexuelle ne se pose pas encore, Loreto, jeune homme de 26 ans nous raconte son homosexualité.

« [Dans l’appartement] d’un gay, c’est toujours cool ! » C’est l’un des derniers propos prononcés fièrement par Loreto [ndlr : pseudonyme] lors d’une rencontre dans son appartement deux pièces, joliment décorées et bien meublées. « Le gay aime beaucoup les couleurs. Il est beaucoup soigné et aime prendre soin de son corps et de sa personnalité ». En parlant de son appartement ; « C’est petit. Mon ami et moi avons décidé de déménager pour un espace beaucoup plus grand ». Un endroit, où Loreto pourra garer sa petite Rav4, année 2002.

Loreto, jeune homme de 26 ans et administrateur dans une société privée de la place assume bien son homosexualité.  Il ne montre aucun complexe à en parler tant que l’anonymat est respecté. Au Bénin comme d’autres pays en Afrique la question reste délicate. C’est autour d’une table de bistrot à l’intérieur du stade de l’Amitié de Cotonou qu’il a accepté de partager son expérience.

« J’assume pleinement mon homosexualité. Je n’ai pas de problème à ce niveau. En matière de droits humains, il faut savoir se respecter, il faut savoir se tenir. Tant que je ne choque pas, tant que je ne parais pas extravagant, personne ne peut se douter de mon homosexualité. La société béninoise est une société tolérante. C’est quand cela choque que ça devient désagréable », affirme Loreto.

C’est entre 15 et 16 ans qu’il a découvert son homosexualité. C’était l’âge de la puberté. Le véritable moment où l’on prend conscience de son orientation sexuelle, où l’on se découvre : « L’adolescence est l’âge à laquelle l’enfant exprime sa sexualité. C’est la période où l’enfant peut sentir qu’il développe une attirance vers tel ou tel sexe », explique le psychologue clinicien Etienne Sonou.

Au début, cela lui paraissait assez baroque son attirance pour les hommes. Lui qui a longtemps vécu dans un environnement hétéro. Ce qui a fait prendre conscience à Loreto de son identité sexuelle, bien qu’ayant une copine, c’est la rencontre de son premier amour au début des années 2000. Mais jusque-là tout lui paraissait encore confus : « Je ne comprenais pas cette attirance que j’avais pour les hommes. C’était assez bizarre.  Quand il m’arrivait d’embrasser un homme, je me disais que c’était la puberté. C’est quand j’ai découvert l’amour à travers un homme que j’ai pris conscience de mon homosexualité véritable. Je pensais être seul dans mon monde sans savoir que j’avais des semblables. J’ai eu le sentiment de découvrir quelque chose de nouveau. C’était assez beau », explique-t-il.

 Son attirance pour les hommes, il lui a fallu un moment pour la considérer comme « naturelle ». « On naît homosexuel, on ne le devient pas. C’est trop facile ça! Si l’on devait choisir, je pense que tout le monde choisirait la voie dite ‘’normale’’ pour éviter tout problème. Chacun a le droit à la liberté. J’ai le droit de mener la vie sexuelle que je veux. Mon orientation sexuelle, je la vis comme je le veux. Elle ressort de ma vie privée », explique-t-il.

Il raconte aussi qu’étant un jeune assez faible autant physiquement qu’émotionnellement, son lien fréquent avec sa grande sœur et l’affection particulière que lui éprouvait sa mère ont sûrement été des facteurs favorisant son orientation. « Moi, très tôt, j’avais de l’attirance pour les hommes. J’avais une grande sœur avec qui j’étais « super copine ». Je développais déjà des tendances. J’adorais par exemple jouer à la poupée ».

 Le regard extérieur

La plus grande difficulté que peut connaître l’homosexuel, reste le regard et la pression extérieure. Pour Loreto, ça a commencé à la maison. La personne qui en a le plus souffert est sa mère. Dans un environnement foncièrement hétéro, voir son enfant développer des attirances pour une personne de même sexe était difficilement supportable. « Au début mes parents n’étaient pas du tout d’accord. Surtout ma mère qui était totalement contre. Moi, mes parents m’ont trop mis la pression pour changer mon orientation sexuelle. Ils m’ont même interdit de sortir. Mais il n’y avait rien à faire. C’est après cinq ans qu’ils ont dû accepter malgré eux. Mais ils gardent toujours espoir que je puisse changer un jour ».

La pression à la maison reste encore gérable « parce qu’un parent ne peut rejeter son enfant sous prétexte de son orientation sexuelle ». Mais c’est plutôt celle du dehors qui demeure insoutenable. Loreto a dû s’armer d’un mental fort et a eu la chance d’avoir des amis qui ont pu le comprendre et le soutenir. Il s’est forgé un « moral d’enfer ». Mais beaucoup comme lui, n’ayant pas eu l’entourage qu’il faut et n’ayant pas eu le soutien familial, sont passés de vie à trépas en se suicidant.

Loreto, lui n’a pas eu une grande difficulté à s’intégrer tant socialement que professionnellement. « Dans le milieu professionnel, il y a des regards. Les premiers jours sont toujours difficiles. […]. J’en connais beaucoup qui se sont suicidés parce que le soutien n’y était pas. Moi, j’ai essayé de bâtir ma tour à moi pour que les chocs extérieurs ne m’atteignent pas ».  

Aujourd’hui, Loreto milite au sein d’une association de gays et transsexuels. Il y en a quatre au Bénin. Toutes regroupées au sein d’un grand réseau dans lequel militent des hommes de toutes catégories socioprofessionnelles et couches sociales. « La communauté gay existe au Bénin. Nous sommes nombreux. Certains se dévoilent au grand jour. Mais d’autres passent inaperçus. Surtout ceux qui travaillent dans les administrations. Mais les enjeux de cette communauté sont beaucoup plus sanitaires. Ce n’est pas comme en France où les gens militent pour le mariage gay. Beaucoup ne prennent pas conscience que la communauté gay est une communauté qui a besoin de soins. De la même manière que l’on s’occupe des travailleurs de sexe, des personnes malades, il faut aussi que nous ayons des soins adaptés [parlant du VIH sida et des IST] . Ce sont les différents enjeux de nos associations ».  Ces associations existent d’une manière officielle, sont bien connues mais l’on ne peut deviner à travers leur dénomination, leur connotation homosexuelle. Le Bénin est un pays où l’homosexualité reste un sujet tabou et délicat.

Cela fait plus de 10 ans que Loreto a découvert son homosexualité. Il vit aujourd’hui en couple et est marié avec son homme depuis trois ans. Ils se sont épousés en Afrique du Sud, l’un des rares pays en Afrique disposant d’une loi en faveur du mariage gay. Ils ont un enfant qu’ils ont pu engendrer par insémination artificielle au Cameroun grâce à une mère porteuse. L’enfant qu’élève le couple gay est une fille. Elle a trois ans !

 

                                                                                                                               Hermann BOKO

Homosexualité : Que dit la loi au Bénin ?

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Hermann BOKO, Béninois, Diplômé en journalisme, Première promotion de Monde Académie, l'Académie de journalisme du journal ''Le Monde''

11 thoughts on “Loreto : « J’assume pleinement mon homosexualité »

  1. J’ai beaucoup admiré le texte. J’en connais un ou deux qui assument aussi fièrement leur homosexualité. Un des deux, je l’ai remarqué homo depuis la Classe de CE2, on était encore dans l’année 1997. C’est donc bien vieux l’existence des gays au Bénin.
    Beau Billet….

    1. Marek, « On naît homosexuel, on ne le devient pas ».. Hum! Ce n’est en tout cas pas ce qu’un psychologue m’a dit. Selon ses explications, cela résulte d’un dysfonctionnement psychologique. l’irrésolution du complexe de castration chez l’enfant.Le complexe de castration n’est que le fantasme chez l’enfant de vouloir avoir le sexe de l’être opposé, lors de la découverte de la différence anatomique entre les sexes.

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