10 janvier : Ouidah, la basilique et le vodoun

Fête-vodoun
Crédit Photo: DR

A Ouidah, vous pouvez suivre la fête de Vodoun depuis l’enceinte de la Basilique Immaculée Conception.  Les entrées du temple de python et de la Basilique mineure se font face.

Devant l’énorme bâtisse, style ogival de la Basilique Immaculée Conception de Ouidah, la foule attend impatiemment. Majoritairement vêtus de blanc, les prêtes vodouns attendent l’arrivée du chef suprême de leur culte, le « Daagbo Hounon ». Il doit procéder à des rituels et sacrifices au  temple python avant de rejoindre les festivités au niveau de la plage. C’est ce que veut  la tradition chaque 10 janvier. « Par respect pour la tradition et du fait que le roi Kpassè vouait un culte au python, le chef suprême du vodoun va d’abord au temple python pour émettre des vœux, faire des cérémonies avant de prendre le chemin de la plage », explique Juste Agogochian, ressortissant de Ouidah et guide touristique. Le python est en effet le principal totem des ressortissants de Ouidah. L’histoire raconte qu’à la suite d’une guerre opposant le puissant royaume de Danxomè à celui des Houeda en 1717, le roi vaincu de Ouidah prend le maquis et se réfugie dans la forêt pour échapper aux guerriers qui le poursuivaient. Il fut protégé par les pythons qui attaquèrent les guerriers du royaume de Danxomè, et il put ainsi être sauvé. En l’honneur de ses protecteurs, il érige à Ouidah trois cases dans la forêt et un totem.

C’est depuis minuit que le ton de la fête a été donné. Les adeptes du vodoun « les vodounsi » ont donc fait du bruit et procédé à des rituels pour réveiller les forces occultes toute la nuit. Cette dernière a été dominée par le vacarme houleux des adeptes du dieu ‘’Oro’’. Au Bénin, ‘’Oro’’ est le dieu du vent, il est de sexe féminin, observe une certaine hostilité à l’égard de la femme selon ce que raconte la légende. La divinité est vénérée un peu partout dans le sud du pays et plus précisément à Ouidah.

Ouidah est une ville côtière située à une quarantaine de kilomètres de Cotonou et capitale historique du Bénin pour avoir été l’un des principaux points d’embarquement des esclaves vers les Amériques lors de la traite négrière. Environ deux millions d’esclaves auraient été déportés d’ici pour rejoindre les plantations de canne à sucre ou de café. Les vestiges de cette époque sombre sont toujours présents : le fort portugais construit en 1721 pour faciliter le commerce négrier, restauré et devenu en 1967 le musée d’histoire de Ouidah ; la route des esclaves retracée en 1992 ou encore la Basilique de Ouidah construite à partir de 1903. Elle est le symbole vivant de l’évangélisation au Bénin, alors Dahomey. En 2011, le Bénin a célébré ses 150 ans d’évangélisation depuis l’arrivée des missionnaires.

Ouidah, capitale du Vodoun

Une fois les rituels terminés au temple python, direction la plage devant le monument ‘’ la porte du non-retour’’ , érigé en 1992 et qui marque le départ des esclaves. Sous les bâches, la fête s’annonce belle.

C’est la commune d’Abomey-Calavi, la banlieue de Cotonou qui accueille la 21ème édition des manifestations officielles de la fête de vodoun. Mais c’est à Ouidah que cette fête prend tout son sens. La ville est le centre de la religion vodoun.

Ils sont nombreux ceux qui y  ont  couru. Dignitaires et chefs religieux, universitaires et politiques, occidentaux et expatriés venus de divers horizons pour venir toucher du doigt les réalités contées par les livres d’histoire. Ils sont venus d’Haïti, du Brésil, des Antilles ou encore de  France.

Il est midi : les célébrations et rituels ont commencé tôt le matin. Les couleurs traditionnelles des divinités Vodouns ravivent la ville et sont portées par ces milliers d’adeptes. Elles seront blanches pour ceux qui vénèrent le dieu ‘’dan’’ ou le python, le principal totem des ressortissants de Ouidah. Ou rouge pour les adeptes de ‘’hêviosso’’, le dieu du tonnerre.

Crédit photo: Hermann BOKO

La Basilique de Ouidah, le temple python : l’histoire commune

La côte de Ouidah est le lieu symbolique pour célébrer la fête du vodoun. C’est ici que tout a commencé. C’est de là que se répandait le Vodoun pour gagner le Brésil, les Caraïbes, Cuba, Haïti ou encore les Etats-Unis. Le Vodoun, les esclaves l’emportèrent avec eux lors de leur déportation. dans l’autre sens la côte a été la porte d’entrée de l’évangélisation. L’Afrique connut ses premiers missionnaires.

A Ouidah, l’histoire semble lier ces deux religions : le christianisme et le vodoun. À une toute petite échelle, l’histoire lie la Basilique Immaculé Conception de Ouidah et le temple python. On peut la toucher du doigt au quartier « Tovè » où  le face à face est visible entre la Basilique mineure de Ouidah et le temple python : lieu où les adeptes vouent un culte à la divinité ‘’dan’’.

A leur arrivée à Ouidah et après l’accroissement du nombre de fidèles catholiques, les missionnaires émirent l’idée de construire une première église paroissiale. Un terrain est cédé aux autorités ecclésiastiques par l’administration coloniale française à l’intérieur de la forêt où se tenait des rituels pour la divinité ‘’dan’’. Commencée en 1903, la construction de la Basilique durera 6 ans. Elle s’acheva en 1909 avec l’aide des adeptes du temple python.

Que peut motiver le choix de construire une Eglise catholique devant un temple sacré vodoun ? Un affilié au temple python tente ici une explication: « le python est au-dessus de toutes les divinités et croyances à Ouidah. Et c’est ce qui a poussé les colons à installer l’Église ici. Pour qu’en évangélisant, disparaisse ce qui était religion fondamentale. Mais cela a été impossible. Les deux ont toujours cohabité jusqu’aujourd’hui. C’est ce qui fait qu’à Ouidah, la Basilique et le temple se font face ».

En tout cas à Ouidah, ce cliché témoigne d’une meilleure cohabitation entre les religions. IL n’y a presque pas de différents, presque pas de querelles. Et il arrive bien des moments où  catholiques et animistes se rencontrent, se rapprochent, prient au même moment et s’entremêlent dans une même foule. Comme ce 10 janvier 2010, tombé sur un dimanche. Et qu’au moment où des fidèles suivaient l’homélie au sein de la Basilique de Ouidah, les adeptes vénéraient le dieu ‘’dan’’ à l’intérieur du temple python.

C’est assez inédit, le fait de voir des dignitaires de culte vodoun devant une Eglise catholique. Mais à Ouidah cela semble être un quotidien.

Credit photo: Hermann BOKO

« Nous ne cohabitons pas ! »

Encore ce matin du 10 janvier, on pouvait compter des centaines de personnes devant le temple qu’abrite cette divinité. Et depuis la Basilique Immaculée Conception, on pouvait suivre les allers-retours de dignitaires religieux.

Cette image fait de Ouidah, une ville unique. Au point où certains s’en enorgueillissent. Mais pour le clergé, il faut mettre un accent particulier sur le choix des mots. « Ici, on ne vit pas ensemble. On est face à face. On partage le même espace, la terre de la cité historique mais on ne cohabite pas. Disons qu’il y a une certaine coexistence. Le mot cohabiter me gêne. On partage le même espace. Il y a un  face à face architectural. C’est un fait d’histoire, certains en sont fiers, d’autres en tirent orgueil. Le sentiment qui m’anime face à cette mise en valeur de ce face à face, cela m’est indifférent en même temps qu’elle me gêne un peu. Ouidah peut être considéré comme un modèle de pluralisme religieux pacifique. On s’entend bien. D’ailleurs c’est depuis toujours. L’amitié de Mgr Steinmetz [ndlr : l’un des tous premiers recteurs de la Basilique et Vicaire apostolique du Dahomey]  avec nos frères et sœurs féticheurs d’alors est vraiment légendaire. Nous continuons dans ce sens, et là aussi, c’est la fidélité aux messages évangéliques et à la mission de l’Eglise » affirmait le Père André Padonou, alors recteur de la basilique de Ouidah dans un entretien accordé à un média béninois.

La cohabitation inter-religieuse, les habitants de Ouidah le rapportent  souvent à la tolérance et au syncrétisme. Aller à l’Eglise le matin et vénérer le petit dieu le soir semble être une évidence. Et dans toutes les grandes familles à Ouidah, il y a toujours une déité qu’il faille adorer. « C’est une question de foi. Et chacun est libre d’adorer son Dieu et d’avoir ses  croyances. Pour ce qui est du syncrétisme, allez poser la question aux fidèles et adeptes », répond le Père  Victor Sogni, aujourd’hui Recteur de la Basilique Immaculée Conception de Ouidah. Pour Léon Da Matha, ressortissant de Ouidah « Cela dénote de la tolérance. C’est la liberté de croyance. C’est la recherche de la vérité et de la connaissance. C’est pourquoi nous allons des deux côtés ».

Les festivités pour célébrer ce vendredi 10 janvier 2014 ont continué jusqu’à 16 heures dans la soirée. Elles ont continué le samedi avec les danses et la sortie des « Egungun ». Tous à Ouidah attendent la prochaine édition de la fête de Vodoun. Mais c’est celle de janvier 2016 qui sera symbolique. Parce qu’encore une fois, la date du 10 janvier tombe sur un dimanche.

 

A Ouidah, Hermann BOKO

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Hermann BOKO, Béninois, Diplômé en journalisme, Première promotion de Monde Académie, l'Académie de journalisme du journal ''Le Monde''

5 thoughts on “10 janvier : Ouidah, la basilique et le vodoun

  1. Ca fait plaisir de revoir ces lieux en images et d’imaginer grâce a ton récit la grande activité y ayant eu lieu ce 10 janvier. Merci pour ce bel article qui permet d’envisager comment les cultes se répondent et se mélangent à Ouidah.

  2. merçi pour cette belle article sur ouidha et le bénin
    il faut résussiter la religion africaine et celle du voodou
    l’Afrique la plus belle des grandes culture universelle africaine égyptienne ….
    cordialement

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