Bienvenue au Gondwana : quand Mamane conquit le Bénin…

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Un samedi 9 novembre 2013, Mamane assiégea Cotonou et  prit pour quartier général le théâtre de verdure de l’Institut français de Cotonou. Il y hissa le drapeau de la République très très démocratique du Gondwana. Au grand damne des Béninois qui pendant 80 minutes se sentirent gondwanais.

 Il a su comblé les attentes de ces nombreux Gondwanais qui sont venus curieux, connaître leur président. L’occasion ne se présentera peut-être pas plusieurs fois. Il vaut mieux la saisir. Comme il l’a dit lui-même, « il  n’y a qu’une chance sur un million de rencontrer un ministre ». Est-ce un président qu’on rencontrerait aussi facilement ?

De son vrai nom Mohamed Mustapha Mamane est originaire du Niger. il a eu la très belle idée de créer la République du Gondwana dont il conte les réalités tous les matins dans sa chronique humoristique sur RFI. Une manière pour lui de dénoncer les travers du racisme, les méfaits de la corruption dans nos pays  et de promouvoir la liberté de la presse.

Au Gondwana, on parle de sujets qui fâchent et personne n’est épargné des foucades de son président fondateur.

Mais où se situe le Gondwana ? Le président fondateur répond à cette question qu’on lui pose si souvent en montrant la carte de la liberté de la presse et des pays corrompus dans le monde : «  Plus c’est rouge, plus c’est le Gondwana ! ».

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Au Gondwana, la devise de la République est : « Loyauté, allégeance, prison ».

A Cotonou, à 21 heures, une musique militaire annonce l’entrée sur scène de président fondateur. Avec ordre du protocole aux Gondwanais de l’accueillir debout. Assez normal pour un président ! Juste que certains n’ont pas voulu reconnaître son autorité.

La réaction n’a pas tardé au moment où ceux qui lui ont fait allégeance ont voulu se rasseoir : « Non ! Non ! Restez debout, que  l’on voie ceux qui ne se sont pas levés. On enverra leurs dossiers directement à la présidence du Gondwana. Au service chicotte ».

Pensez-vous qu’on ne vous connaît pas ? Au Gondwana, le président fondateur sait tout. Puisqu’il y a des gens [ndlr : Barack Obama] « qui travaillent pour nous ». Là, Mamane montre une photo de Barack Obama manipulant un portable : Sur cette photo, « il est en train d’écrire un texto à Angela Merkel », dit-il.

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Au Gondwana, la devise de la République est : « loyauté, allégeance, prison ».

Bien avant d’être à Cotonou, Mamane était vendredi à Lomé au Togo. Ce n’était pas sa première visite. « J’étais déjà venu à Cotonou en 2009. Pas pour y faire un spectacle ». Il était en partance pour Lomé. Ce jour-là « il y avait eu de la pluie ». Il pleuvait tous les jours d’ailleurs et la ville « était comme ça », inondée.

Pour son spectacle de Cotonou, Mamane a refait le trajet Lomé-Cotonou. Il a raconté son parcours : « Nous avons beaucoup roulé, traversé la frontière. Et nous avons fait le plein [de notre voiture] avec » de l’essence de contrebande. « Ça ! commente-t-il [ce commerce], c’est parce que les Américains ne sont pas encore au courant hein ! Dans tous les pays où il y a eu du pétrole », ils ont semé du désordre.

Mamane en phase avec l’actualité

Ce samedi, Mamane n’a pas oublié d’être en phase avec l’actualité béninoise. Parce qu’en venant à Cotonou, il a fait attention à son apparence. Un tee-shirt noir, un pantalon blanc « pour qu’on me voit venir de loin », mais surtout des chaussures plates. Parce qu’on lui a dit qu’au Bénin, « on ne porte pas des chaussures à talon ». Pour qui a suivi l’actualité béninoise, il est difficile de rester indifférent à cette parodie.

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Mamane n’a non plus raté le costume bleu du président Boni Yayi, chef d’État béninois. Veut-il réviser la Constitution pour pouvoir se représenter ? Mamane  vous répond à la négative : « Ce n’est pas un troisième mandat qu’il veut. C’est d’un costume d’une autre couleur dont il a besoin ». Ces chefs d’État africains qui, au plus fort de la crise ivoirienne ont constitué un panel pour demander à Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir. « Dans ce panel, il y avait entre autres, Idriss Déby, le  président tchadien et le président Aziz de la Mauritanie [ndlr : tous deux venus au pouvoir par coup d’Etat militaire]. Vous comprenez pourquoi Gbagbo n’a pas voulu quitter le pouvoir ! » explique Mamane.

Au Gondwana, il y a de l’argent

Pour en revenir au costume bleu, est-ce l’argent qui lui manque ? Sinon au Gondwana, il y a beaucoup d’argent. Et il est en sécurité au ‘’Gondwana bank’’ : « La seule banque au monde où vous posez de l’argent et avez peur de le retirer ».   

Le Gondwana dispose aussi de la plus grande chaîne hôtelière du monde : l’UNHCR avec ses millions de tentes à travers le monde où le confort est garanti.

Au Gondwana, le président fondateur est spécialiste des élections surprises. Voilà pourquoi il reste toujours président. Il lui vient des fois d’appeler l’opposition : « Les élections étaient hier. Et j’ai gagné ».

Le Gondwana veut aussi s’affirmer dans le domaine de la physique. Le président fondateur annonce que le prochain prix Nobel de physique reviendra au Gondwana. Parce qu’au Gondwana, « nous avons inventé un nouveau courant alternatif : le délestage. Le délestage  pour préserver les générations à venir. Avec le délestage, c’est le sous-développement durable ».

Telles sont les réalités de la République très très démocratique du Gondwana qu’a contées son président fondateur un samedi 9 novembre 2013 à Cotonou. Et ce n’était que le début…

Mamane n’a pas manqué de raconter ses galères en France en tant que ‘’sans-papiers’’. Puis il y a eu ce moment de répit : l’année 1998. Les « bleus »  remportaient la Coupe du Monde.  Même en étant sans-papiers, raconte Mamane, tu pouvais venir devant le policier sans qu’il ne te fasse un contrôle. Il suffisait de porter le maillot de l’équipe de France pour ne pas avoir la police sur le dos.

Tout s’est bien passé jusqu’en 2002. France-Sénégal (0-1). Échec de la France, victoire du Sénégal lors de la Coupe du Monde et encore une nouvelle fois galère pour les ‘’sans- papiers’’.

Mais pour Mamane, à bien y voir de plus près, c’était bien sûr normal cette victoire du Sénégal sur la France. C’est vrai que la France était « championne du Monde en 1998 et d’Europe en 2000 ». Mais les réalités africaines sont très différentes. Une idée de la rudesse des batailles en Afrique : « En Afrique, ce sont les ‘Lions indomptables’’ du Cameroun contre ‘’les Ecureuils du Bénin’’. Les Rhinocéros du Botswana contre les Super Eagles verts du Nigeria. Vous y voyez un Coq ! », s’exclame Mamane.

 

Hermann BOKO

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Hermann BOKO, Béninois, Diplômé en journalisme, Première promotion de Monde Académie, l'Académie de journalisme du journal ''Le Monde''

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